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Prisoner’s Cinema I
Prisoner’s Cinema
Installation/Décor, vue extérieure, pièce 10 m², "non-galerie" rue d'Enghien, Paris, 2025
Prisoner’s Cinema I
Prisoner’s Cinema
Installation/Décor, vue extérieure, pièce 10 m², "non-galerie" rue d'Enghien, Paris, 2025
Prisoner’s Cinema I
Prisoner’s Cinema
Installation/Décor, vue extérieure, pièce 10 m², "non-galerie" rue d'Enghien, Paris, 2025
Prisoner’s Cinema I
Prisoner’s Cinema
Installation/Décor, vue extérieure, pièce 10 m², "non-galerie" rue d'Enghien, Paris, 2025
Prisoner’s Cinema I
Prisoner’s Cinema
Installation/Décor, pièce 10 m², "non-galerie" rue d'Enghien, Paris, 2025
Prisoner’s Cinema I
Prisoner’s Cinema
Installation/Décor, vue extérieure, pièce 10 m², "non-galerie" rue d'Enghien, Paris, 2025
Prisoner’s Cinema I
Prisoner’s Cinema
Installation/Décor, pièce 10 m², "non-galerie" rue d'Enghien, Paris, 2025
Prisoner’s Cinema I
Prisoner’s Cinema
Installation/Décor, passage dérobée, pièce 10 m², "non-galerie" rue d'Enghien, Paris, 2025
Prisoner’s Cinema I
Prisoner’s Cinema
Installation/Décor, pièce 20 m², Le Sprinkler, Romainville, 2024
Prisoner’s Cinema I
Prisoner’s Cinema
Installation/Décor, pièce 20 m², Le Sprinkler, Romainville, 2024
Prisoner’s Cinema I
Prisoner’s Cinema
Installation/Décor, détail d'éléments de décor, pièce 10 m², "non-galerie" rue d'Enghien, Paris, 2025
Prisoner’s Cinema I
Prisoner’s Cinema
Installation/Décor, pièce 20 m², vue depuis la fenêtre, Le Sprinkler, Romainville, 2024
Prisoner’s Cinema I
Mental sunshine at 135°
Plaque de cuivre martelée, plomb, Le Sprinkler, Romainville, 2024
Prisoner’s Cinema I
Mental sunshine at 135°
Plaque de cuivre martelée, plomb, Le Sprinkler, Romainville, 2024
Prisoner’s Cinema I
AreYouOkay?
Vitrail, Image imprimée, Colaboration avec Nanon Chulevitch, Le Sprinkler, Romainville, 2024
Prisoner’s Cinema I
AreYouOkay?
Vitrail, Image imprimée, Colaboration avec Nanon Chulevitch, Le Sprinkler, Romainville, 2024
Prisoner’s Cinema I
Prisoner’s Cinema
Installation/Décor, Mirroir d'angle mort présent derrière une fenetre, pièce 20 m², Le Sprinkler, Romainville, 2024
Prisoner’s Cinema I
No relics in a formwork
Béton de cendre volante, bois de coffrage, Le Sprinkler, Romainville, 2024
Prisoner’s Cinema I
Prisoner’s Cinema
Installation/Décor, extrait du texte de ALT236, easter egg en rétro-éclairage derrière papier-peint, pièce 20 m², Le Sprinkler, Romainville, 2024

« Prisoner's cinema is the phenomenon of a "light show" of various colors that appear out of the darkness. The light has a form, but those that have seen it find it difficult to describe. Sometimes, the cinema lights resolve into human or other figures. »

Prisoner’s Cinema est une installation-décor immersive. Elle a vu le jour au Sprinkler, atelier d’artistes et d’artisan.es, en septembre 2024 dans le cadre d’une exposition soutenue par la DRAC Île-de-France et le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis. Elle a ensuite été montrée une seconde fois dans une « non-galerie » au 8 rue d’Enghien à Paris en janvier 2025.

Cette installation s’inspire des espaces liminaux, ces lieux de transition qui semblent suspendus hors du temps. Inspirée par les non-lieux décrits par Marc Augé, elle met en scène des environnements à la fois anonymes et étrangement familiers, des espaces vides où l’absence humaine devient presque tangible. La disposition des volumes et des perspectives crée un sentiment d’inquiétante étrangeté, où le spectateur oscille entre reconnaissance et malaise, comme face à une réminiscence inaccessible. Le projet explore l’angoisse et l’introspection à travers la mise en scène de ces architectures ambiguës, à mi-chemin entre abri et abandon. Ces décors évoquent un refuge paradoxal, un lieu qui protège autant qu’il enferme, qui rassure autant qu’il désoriente. À une époque marquée par des crises successives, la résurgence des espaces liminaux exprime un besoin de fuir la réalité en se réfugiant dans des lieux où le temps et les repères s’effacent, ouvrant sur une autre forme d’existence.

L’installation s’appuie sur les mécaniques de narration par l’environnement, un procédé inspiré du jeu vidéo où l’espace devient un vecteur d’histoire. Comme dans Bioshock ou d’autres œuvres immersives, chaque élément du décor suggère un récit fragmenté que le visiteur recompose intuitivement. Traces d’occupation, objets déplacés, lumières vacillantes : autant d’indices qui tissent une dramaturgie silencieuse, où l’absence devient récit et où l’invisible prend corps.

L’expérience est strictement individuelle : le visiteur pénètre seul dans l’installation, en passant par un placard qu’il referme derrière lui. Ce passage, à la fois banal et symbolique, marque une transition entre le réel et l’espace fictionnel du décor. Une fois à l’intérieur, il se retrouve face à un environnement qui semble exister en dehors du temps, comme une scène figée en pleine métamorphose. Ce dispositif renforce l’intimité et l’isolement de l’expérience, où l’absence d’autres présences humaines intensifie le rapport à l’espace, aux sons, aux lumières et aux volumes. L’installation devient alors un lieu de projection mentale, où chacun recompose sa propre narration à travers les fragments d’un monde qui oscille entre l’étrangement familier et le profondément inconnu.

Voilà plusieurs nuits que je fais le même songe. Je me vois transporté dans une salle étrange, bercée d’une lumière chaude. Chaque nuit, mon regard fixe aléatoirement une nouvelle zone de la pièce, si bien qu’au bout d’un temps, je suis presque capable de cartographier ces lieux en esprit. Une pensée me rassure d’abord puis finit par me terrifier : je ne suis pas le premier à me rendre dans ce Point Némo des océans du rêve.

La première nuit, j’ai ignoré la pièce, croyant vivre là un rêve comme un autre mais après toutes ces nuits, j’ai la conviction que ce lieu existe bel et bien… quelque part. J’ai d’abord cru arpenter une sorte de cellule, à cause de cette unique sortie totalement condamnée que je devinais du coin de l'œil. Mais la troisième nuit, mon regard a pu clairement contempler la porte bardée de planches cloutées et j’ai compris que l’entité qui vivait ici s’était enfermée de l’intérieur. Comme s’il fallait se garder à tout prix de mettre un pied dehors, ou bien que quoi que ce soit puisse entrer. Je voudrais tant savoir ce que cherche l’entité qui réside dans cet espace hors du temps.

Chaque nuit j’essaye d’identifier un nouveau pan de la pièce. Ici, un lit de camp modeste et rigide. Là, un petit réchaud de fortune abandonné. Le sentiment de m’immiscer dans l’antre d’un ermite qui aurait trouvé là le lieu final de sa contemplation se fait de plus en plus fort. Et toujours… cette lumière irréelle qui baigne la pièce depuis la fenêtre.

En face du lit se trouve une tôle froissée au reflets moirés et je passe plusieurs nuits à plonger mon regard dans ce qui m’apparaît comme une abstraction. Et un soir, je découvre que des arbres morts émergent de ce sol cuivré. Je contemple en fait depuis mon zénith une terre oubliée, comme un dieu qui regarderait le monde qu’il vient tout juste de détruire d’un souffle.

Ma théorie du voyageur se confirme quand je découvre son bagage accroché sur le mur. Je n’en ai jamais vu de tel. Il est couvert d’artefacts sans doute glanés ça et là au cours de ses périples dans les couloirs du temps. Quels mondes interdits a-t-il arpenté ? J’ai envie de porter ce sac à mon tour et de commencer mon propre périple. Mais quelque chose d’indicible m’appelle dans la pièce.

Je trouve ma réponse derrière la seule fenêtre qui donne sur l'extérieur. A travers la vitre jaunie, je distingue des portes connectant une infime portion de ce qui m’apparaît comme un immense labyrinthe. Peut-être est-il lié à ces étranges sculptures qui patientent avec moi dans la pièce… L’entité les a-t-elle ramenées du labyrinthe ? Ou bien peut être ces fragments de cathédrales sont le fruit de sa propre création… Quelle que soit leur nature, l’ermite semble obsédé par leur observation. Et l’espace d'un instant je m’assois à mon tour sur la chaise qui fait face à la fenêtre.

A peine assis, une avalanche d’émotions me parcourt. En contemplant le labyrinthe au dehors, mon esprit est traversé d'un millier de pensées dont certaines qui ne sont pas les miennes. C'est un flux ininterrompu d'idées et de sentiments. J’ai la sensation d’intégrer un canal presque cosmique qui me donne l’envie à mon tour de créer ma propre cathédrale, mon propre fragment. L’espace d'un instant, je comprends qu'à cet instant précis, je suis le voyageur.

Depuis quelques nuits, les songes ont cessé. Pourtant, une part de moi est restée dans ce lieu. Je repense sans cesse à la fenêtre qui donne sur le grand Labyrinthe et aux secrets qu’en son sein il renferme… et sur ma table se trouve un bloc de pierre que je commence à sculpter.

ALT236

Prisoner’s Cinema I
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